YSL MASCULIN SINGULIER

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Dans la douce pénombre du nouveau fleuron du Groupe Kering, les spots se reflétaient dans les yeux azurs des mannequins, et comme un baiser qui nous fait frémir, Vaccarello, le magicien, fait frissonner notre âme dans un geste si neutre que nous en sommes tous surpris. Un piano à queue, au milieu de la grande salle ronde, installé là pour l’actrice Charlotte Gainsbourg qui joue sur les touches de la mélancolie.

Une salle médusée de voir des hommes en chemisier de soie comme un retour en arrière pour repenser à Yves Saint-Laurent qui, en 1967, promet aux femmes le smoking pour homme. Vaccarello lui promet la féminité aux hommes ! Ce jour est à marquer d’une pierre où les magasins d’accessoires, les pièces éparses de ce puzzle allégorique deviennent le nouveau Parnasse : Apollon, Pégase, l’Hippocrène, tous des exceptions notoires pour un romantisme sur la Muse au masculin singulier.

Sorte de machine à coudre électro–sexuelle, une mode sur musée sortie toute droit d’une machinerie complexe, pour y faire circuler par un entonnoir le fil d’un sang sombre à travers le dos d’un nu masculin tronqué. L’existence complexe d’une castration à venir avec toutes ses composantes ou l’origine violemment fétichiste de la femme araignée.

Dans la bataille réelle de l’image, à laquelle la couture avait encore toute sa part, l’espoir du créateur s’inscrit, au dernier fil dans la vision d’un sol qui rougeoie noir désir. Il loue l’image pour magnifier la grâce d’une lumière prenant sa source dans la vie intérieure, et dans le cœur de la salle. Le buste étroit et les seins écrasés par leur masculinité soulignent des manches qui semblent se prolonger dans un pan inépuisable de tissu jusqu’au bord inférieur de ses bouts de pieds comme une robe féminine. Vaccarello, d’une solitude bien agencée, vient saluer la pianiste d’une touche sur l’épaule comme pour lui offrir un bel espace de vie.

FM