JE VOUS JURE J’AI LA GAULE

Voici la petite histoire d’une grande cuisine de quartier. C’est l’époque d’un Paris qui n’avait pas encore subi les travaux du baron Haussmann. Et dans la rue du Louvre, il y avait une petite rue, qui croise la rue Saint-Honoré là où autrefois les fondations de Philippe Auguste existaient encore, qui se nommait rue des poulies, sombre et étroite comme le trou noir identique à celui découvert, en son temps, par Robert Oppenheimer. C’est en 1495 qu’un traiteur nommé boulanger a l’idée d’ouvrir dans cette rue une auberge un peu différente des autres. Grande nouveauté on n’y vient non pas pour trouver un logis, d’ou l’expression « qui dors dîne » mais seulement pour se sustenter. Ainsi le maître Boulanger propose plusieurs plats au choix ! Sur son enseigne l’aubergiste inscrit fièrement ce verset aux allures faussement évangélique : « Vérité ad pommes qui stomachi Laboratoir et ego vos restauranbo… » que vous pouvez traduire par « venez tous à moi vous avec l’estomac qui crie misère, et je vous restaurerai ».

Mais ces futurs clients ne parlent pas vraiment latin et ils ne retiennent du slogan que le dernier mot « restauranbo » qui deviendra à cause des serviteurs qui foisonnaient de toutes les régions de France dans le quartier : « restaurant ». Le principe jusque-là utilisé comme adjectif se fait substantif. Le restaurant désigne désormais l’établissement de Monsieur Boulanger, et à la carte, il était inscrit, bouillon frais, poulets gros et pieds de moutons sauce poulette.