CHANEL LES SOMMETS DE LA MODE

Gravissant le chemin des Champs-Elysées, marchant silencieusement, stimulé par l’approche du vaste espace et des sommets du Grand Palais, dominé, tout là-haut dans les alpages, mon cœur comme mes pas sont un peu lourds, car, enfin le sommet, tout en haut de la pente, cette vallée de la mode qui nous offre cette profonde vue, grandiose et exaltante, voici un décor qui, après Karl,  doit nous élever au delà de la vision terre à terre du vêtement. Espérons que la montagne n’accouchera pas d’une souris ?

GIVENCHY ET VIEILLE GRAND-MESSE

Une tente au toit transparent comme si on avait voulu emballer la mode, laissant apparaître les étoiles sous des arbres éclairés par la lune du dernier quartier, juste au milieu du Jardin des Plantes pour ce défilé de Givenchy «Winter of Eden». Eden signifie « délice » en hébreu, mais qui, parmi l’assistance, à part le Seigneur des Arnault, le sait ? L’écrivain américaine Ann Druyan avait une vue plus cynique de l’Éden, plutôt qu’un « paradis », le Gen Eden serait le lieu d’un crime. J’hésite un moment à rentrer dans ce tunnel noir, mais mon bon sens reprend le dessus cela n’est que du vêtement comme dirait Monsieur Marrant.

Entasser 1 000 personnes dans un espace d’une longueur d’un bloc d’immeubles de Manhattan avec une seule entrée qui commence par un tunnel sombre de lumières psychédéliques et sur une musique qui martèle vos tympans, vous rappelant les clubs à la mode de la si britannique et aristocratique Londres du début des années 90.Des filles en mode urbaine de Neuilly, robes de bijoux et « touffe y compris », Clare Waight Keller donne un spectacle incompréhensible pour un résultat Givenchy qui n’était pas vraiment à la hauteur de la marque.

NINA RICCI CHARLESTON

Lisi Herrebrugh et Rushemy Botter sont les nouveaux directeurs de la création de la maison Nina Ricci. Et, lorsque Nina Ricci a annoncé, en août, qu’elle avait embauché  le duo en tant que les nouveaux directeurs créatifs de la maison, mes sourcils se sont froncés, car nous nous souvenions des parasols incrustés dans une culture antillaise, récompensés au Festival International de la Mode et de la photographie de Hyères . Le duo, formé à la mode masculine, faisait que le défi était plus grand. Finaliste du Prix LVMH des jeunes créateurs, aucun des deux n’avait, jusqu’à présent, travaillé pour une marque de mode, encore moins pour une maison.

Comment le duo, connu pour ses contes puissants et ses vêtements fluides enracinés dans la culture antillaise, pouvait-il réorganiser une maison de couture âgée de 87 ans ? Alors que leur collection gagnante à Hyères mettait en vedette un dauphin en plastique attaché sur la tête d’un mannequin, avec un thème balnéaire très marqué, nous nous demandions s’il serait au rendez-vous. Cela a commencé avec un costume bleu marine à fines rayures blanches, avec la chemise en soie qui coule sur le côté comme le feraient les chutes d’Iguazú. En un modèle, il redessine la maison en lui redonnant ses lettres de noblesse.

CÉLINE PAR SLIMANE

Les « Aviators », que l’US Air Force et ses pilotes de chasse portaient, ont été dessinés par le fabricant Bausch & Lomb, et se retrouvent sur les mannequins de Céline de la collection Slimane, bien mal acquis ne profite qu’après. En présence du Seigneur des Arnault entouré de sa femme et de sa fille, il a contemplé la collection de ce petit jeune que Karl adorait. Allez savoir pourquoi, mais ses talents sont peut-être très cachés.

Slimane, l’homme qui n’aimait pas les femmes, car jamais talent ne fut mis au service de la platitude avec un tel entrain. Il dit de lui, je veux que l’on me considère comme un maître ou rien, mon choix est fait : je m’arrête volontiers sur la seconde considération, mais il est difficile d’être rien du tout avec plus de perfection ou de profondeur, et de débobiner le néant avec une verve et une pétulance si efficace. Ma voisine, Anne Hydride de Sodium me donne son avis en live, c’est bien du Céline me dit- elle, et je lui réponds : oui le Céline de Louis Ferdinand. La bougresse me regarde avec des yeux de merlan frit, n’ayant pas compris l’allusion.

ISABEL MARANT ARLEQUINEMENT VÔTRE

Je cherche une goutte de pluie qui vient de tomber dans la mer de la couture et où, dans sa rapide course verticale, elle pourrait luire plus que les autres, ayant encore assez de force pour comprendre comment la plus bohémienne des créatrices puisse tomber dans le quartier des Bourgeois-Bohèmes, pour se perdre à jamais ou retrouver une nouvelle vie et renaître sans raison.

Alors, je cherche dans la mer les fils de la vague et de l’élégance, mais, surtout un cœur qui pourrait me laisser ce fragile souvenir dont je serai le seul dépositaire. La bohémienne chic passe au chic tout court, c’est la bohémienne rhapsodie, il paraît que c’est à la mode. L’homme de la Pampa, que je suis, voit de ses yeux un poème de Pablo Neruda dans les couleurs ocres et qui dans la lumière se lave et se  lustre jusqu’au beige clair. La subtile et indomptable créatrice écaillent en caressant les écorces de l’arbre du temps que les saisons ravinent d’un éclat de ses blessures que la vie a laissé.

ROCHAS THE SHAPE OF ACQUA

Alessandro Dell’Acqua s’intéresse à l’héritage couture de Rochas par opposition à cette mode envahissante du streetwear. Un flacon posé sur nos chaises du dernier parfum de la maison nous attendait, un retour au petit cadeau d’autrefois. Voilà que j’ai touché l’automne des idées de cette Fashion Week, et il me faut employer la pelle et les râteaux pour rassembler ses terres inondées d’idées faciles, où l’insignifiant creuse des trous comme des tombeaux.

Voici un nom prédestiné, « Acqua », car quand il est dans l’eau, il a des idées, et quand il en est sorti, il sèche. Voici l’homme de Naple qui utilise des matériaux en tweed tachetés épais, et des jacquards recouverts de laine qui ressemblent à de minuscules plumes alors pourquoi ne pas prendre un plumassier ? Nous voici en plongée dans une construction en trapèze qui rappelle l’époque de la Haute Couture d’après-guerre, celle ou Gabrielle sortait du Meurice avec les gens de la S.S. lisez (Serial Sauwer).

Manteau large en tweed noir sans col garni d’une épaisse bande de perles en jais, avec une jupe plissée noire portée avec une chemise surdimensionnée à manches courtes en cuir noir brillant ultra fin…

LANVIN LE POINT DU FISTON

Il est vrai qu’entre les uns qui ne connaissent pas la mode, et les autres qui n’ont jamais fait d’études, les florentins pique-assiettes infiltrés dans le fond chinois Fosum de plusieurs milliards de dollars, est un mauvais présage, car les cimetières sont toujours éclairés du néant. Un esprit facile aurait donné une information post-Mao, mais, entre la facilité qui pond sans effort et la fécondité laborieuse, il y a un abîme de possibilités pour les esprits qui réfléchissent.

Quelques croquis de l’enfer sur un trône splendide d’une robe posée sur un pot de chambre ne fait pas forcément de la couture.Bruno Sialelli, ancien styliste de prêt-à-morfler masculin chez Loewe, regardait le salaire de Lanvin et du groupe Fosum comme la déesse Erato regarde le chant nuptial. Mais, qui est ce Sialelli ? On l’appelle le couturier de l’ombre, marseillais de 31 ans, diplômé du Studio Berçot, a fait ses armes chez Paco Rabanne, Acne Studios et Balenciaga sous les directions de Nicolas Ghesquière et d’Alexander Wang. Son CV révèle une capacité de naviguer entre l’homme et la femme, c’est un signe des temps

DIOR SUFFRAGETTE SET

C’est un trésor de savoir découvrir la maison du Maître de Granville. Autrefois, il nous donnait toujours une délicieuse façon de nous souhaiter un bon après-midi. Il est toujours agréable de recevoir un joli message couture, et nous avions compté sur le Seigneur des Arnault pour nous donner cette joie, car ce samouraï des temps modernes de la mode – traduisez pour samouraï (celui qui sert) – avait eu du nez de mettre Galliano sur un rail.

Alors, pourquoi ne pas envoyer un peu de tendresse à cette Chiuri, à cette couturière stressée incapable de redonner à la maison ses lettres de noblesse dans ce mardi ensoleillé. Car parmi nos pleurs viennent s’ajouter la  » Jacquemusmania » qui brille de mille gueux pour un spectacle sans consistence. Ce début de la Fashion Week de Paris a un charme intime et doux, dans l’ombre d’un coeur froissé pour humer ce parfum consolant dont le germe est en nous tous. Douceur lointaine qui vous rappelle votre enfance, et que le vertige d’un cœur qui tressaille comme un secret, dans un épanchement de sensibilité qui resurgit d’un coup et d’un seul.

JAQUEMUS PORTE DE LA NUIT

Une rue de Provence, un décor grandiose de Schtroumpfs pour singer le grand Karl, bienvenue au « Porte » de l’enfer. Je n’aime pas ces couturiers sans diplôme, car, la plupart du temps, ils volent ou détournent les œuvres des vrais créateurs. Souvent, leur couture est une prétérition, et leur culture se borne au gouffre de la nuit que l’on trouve dans la péninsule du Yucatan.On peut être autodidacte, mais les autres, dont les parents financent à grand coup d’heures supplémentaires les études de leurs enfants, sont confrontés à une injustice flagrante. Il est vrai qu’au temps des cadrans solaires il n’y avait pas l’ombre d’une exactitude sur le cadran de Plourin.

Mais, si vous regardez l’histoire des couturiers sans diplôme, les Montana et les Mugler montés de toutes pièces par la presse et les « black rooms » des années 80 où Monsieur Grumler y avait fait son deuxième bureau au-dessous du palace, ces créateurs se retrouvent donc aujourd’hui dans les limbes de la notoriété du fin fond du Sahara, sous le vent de sable de la Villa Majorelle, le seul lien qu’ils n’auront jamais avec Yves St Laurent. Mais, peut-on remplacer personne ?

MOSCHINO MILAN 2019

La femme de Ken, choucroute sur la tête, transformée par Moschino en objet publicitaire de salon de l’automobiles et du juste prix réunis, est placée sur un podium par le créateur Jeremy Scott. Des Jackie Kennedy dans une « Onassis » de billets verts, elle fut la première à arborer cette coiffure « bouffante » laissant le champs aux demoiselles des années 60, talons Louboutin et coiffures à la « Empire State Building », voulant ainsi être plus grandes pour mieux s’affirmer. Coupes de cheveux improbables qui n’ont pas pris une ride, et me font penser à Amy Winehouse et sa légendaire coupe qui d’un rêve tapageur a ébouriffé la toile de la sagesse pour transformer sa coiffure en symbole de sa peur, essayant ainsi de tisser un semblant de tendresse.

Souvent l’arrivée de l’automne annonce grisaille et couleurs en berne, et notre vestiaire doit sortir du gris bitumeux et de l’anthraciteux, il faut que les couleurs fassent de la résistance. Le « dress code » de la saison pour Moschino est en technicolor Flashy… Voilà, une collection que le « Crémateur », Olivier Incertain, sera content de claironner « Oh plagiat », alors que celui-ci est souvent la base de tous les couturiers, excepté l’original qui lui, d’ailleurs, est souvent méconnu.

FENDI LE CIEL POUVAIT ATTENDRE

C’est un témoignage post mortem de sa personnalité. Il voulait, dans un dernier clin d’œil, seulement nous manquer, et nous faisant un pied de nez au passage en nous lâchant : j’étais connu comme le houblon et, pourtant, sans jamais boire, je meurs d’un cancer du pancréas, quelle ironie ! » La suite du poème, comme le brusque envol d’un oiseau qui signale sa présence, les lumières à la fin du show se sont mises à clignoter comme un signe, comme si le maître des lieux avait suivi la collection tout en continuant à dessiner la nouvelle robe de Dieu. Il parlait déjà au Seigneur des Arnault, il poursuit maintenant sa conversation avec son père… Alléluia.

VIVETTA LA FADE AUX CAMELIAS

Une marque italienne, créée en 2009 par Vivetta Ponti, sa couture dégage une frivolité légère, tout en incarnant un air de féminité, d’huissière de grimoires. Sa couture est vieille comme un jour sans point. Elle porte en sautoir le couteau de Fulbert , et la patère des Corybantes. Elle puise son inspiration dans de nombreuses sources non pas poétiques mais de Polésine, des poupées en mobilier de pureau auraient dit le Kaiser. Casque colonial pour apiculteur, probablement pour le rêve de se faire butiné à la recherche d’un brouteur gode Michel.

Le jardin de Laura Ashley, mais pour un petit coin pas enchanteur. Et si Mary Quant impose ce jour sa mini-jupe, Vivetta aurait renoué avec un romantisme de l’époque limonière, des vêtements de femmes tapissés qui font tapisserie pour la circonstance. C’est la haine de la beauté, cette haine sournoise et basse des âmes ridicules posées aux gestes les plus incongrus, avec des formes qui répugnent à être belle. Vous avez contre le beau de si envieuses fureurs que pour calmer votre animadversion contre tout ce qui vibre et s’épanouit, vous descendez au rôle de la destructrice de votre propre griffe.

ALBERTA COULEUR DU BLANC

Je voulais commencer l’article : assis à côté d’Inès de la Prestance et de la fille de Sonia Nickel, mais l’humour a vite basculé à la concentration happé par le spectacle pour admirer la féerie du blanc et de l’élégance, comme si, sur le podium, le Taj Mahal venait pour briller de tout son blanc. J’écris comme on consulte un album de photos, une photographie au plus-que-parfait du subjonctif, la femme de la photo Iphone, blanche mais en couleur, comme la rêverie d’un poème à la milanaise.

La foutaise extérieure des bimbos de la Fashion Week, d’un seul coup, avait disparu. Nous sommes à Mediolanum et plus rien ne compte même pas la tristesse de la disparition de Karl, car « the show must go on. » Le ciel est blanc et le temps taille des images dans l’espace. La créatrice nous donne au stylographe avec une encre blanche, un abîme de sève comme le crépitement des aiguilles à en crever les yeux, laissant couler dans ma mémoire un flux « sans-gain » pour décrire la couture de l’italie.

UNITED COLOR OF BEUNÊT THON

A la recherche du « Beunêt Thon » perdu ou quand Jean-Charles de Castelbajac, le seul créateur à avoir habillé le pape Jean-Paul II en lui faisant porter une soutane à rayures arc-en-ciel, prouve bien qu’il n’était pas un Saint.

Benetton et son fameux United Horor devenait donc une association de bon aloi, et quand Luciano est déterminé à redonner de la couleur à son succès d’antan. Voilà donc Jean-Charles, le magicien de la mode, le Castel Majax qui s’y colle, et le nom choisi pour cette production sera «Rainbow Machine». Si les couleurs peuvent faire des miracles, la marque qui provoqua l’église catholique, en son temps, dans ses publicités, sera-t-elle aussi politiquement incorrect ?

En octobre, le créateur Français, premier directeur artistique de Benetton, sera responsable des collections hommes et femmes. Lui qui, autrefois, avait lancé le mouvement «anti-fashion» en utilisant des chiffons et des éponges, veut peut-être s’en servir maintenant pour éponger ses « diètes ».

KARL LAGERFELD MEURT A 85 ANS

Rien ne prédestinait Karl Otto Lagerfeld à devenir l’un des couturiers les plus talentueux de sa génération. Né en 1933 à Hambourg, ce fils d’un représentant de commerce d’une enseigne de lait concentré d’origine suédoise et d’une mère passionnée de lecture aura connu une jeunesse marquée par la guerre et de multiples déménagements, mais aussi par une éducation rigoureuse. Lui qui étonne par de grandes aptitudes en dessin tombera amoureux de  la couture le 13 décembre 1949, en assistant, grâce à sa mère, à son premier défilé, celui de Christian Dior.

Le jeune Karl Lagerfeld se mettra alors à dessiner ses premières créations. Un coup de pouce du destin quelques années plus tard le propulsera définitivement dans le monde de la mode, grâce à Jacques Mouclier qui voulait ouvrir le calendrier de la mode. Voici le couturier le plus emblématique de la mode qui disparait. Cette icône incontestée laissera un vide sans pareil et aujourd’hui, toute la mode lui rend hommage et, nous souhaitons toutes nos condoléances à Choupette.

VRILLAGE WESTWOOD

C’est le loquax de Viviane, le bavardage de la couture par son jeune gode Michel qui est transformé, pour la circonstance, en couturier loquace. Au mot loquace, nous apercevons la bouche aux lèvres rouges sanguinolentes autour d’un parterre de people qui attendent avec impatience le défilé d’Andreas, le tyrolien de ces dames, « l’autre y chien » qui remue la queue quand on lui parle de la douairière.

Si quelqu’un vous dit que pour réussir dans la couture il faut coucher, croyez-le ! Car, dans ce cas de figure, c’est exactement la vérité et c’est ce que nous voyons aujourd’hui à Londres pour le défilé de Viviane Westwood.

La million dollar mamie nous donne une leçon de savoir-vivre pour les générations futures. Écologiquement vôtre, la maison vient de se transformer en usine de recyclage de vieilles fringues au kilo que l’on revendra dans les boutiques d’Oxford Street, mais, même à Oxford, il n’y avait aucune intelligence.

NATASHA ZINKO LONDON 2019

Une mécanique couture, comme du même nom de l’escalier, que descendaient les mannequins, dans ce gouffre sans fin de la profession pas sans couturière mais sans couture. Un show dans un escalier où aucune marche ne sera franchie, je parle là de la marche du talent, mais qu’elle ne se désespère pas car les Anglais vont adorer le style copiage de Balenciaga, un bric-à-brac de n’importe quoi que les gens achètent pour pouvoir être différent ! Un escalier pour la petite fille d’Odessa, l’ukrainienne pensait que le descendre lui aurait donné l’inspiration

C’est comme s’il était possible de monter au deuxième étage sans passer par le rez-de-chaussée. Je sais que vous pensez à une échappatoire, la flagornerie pour fuir les étapes, mais dans la vie, il n’y a pas d’ascenseur ! On monte marche par marche avec ses propres pieds et aucune technologie ne peut nous remplacer. Dans la couture c’est pareil. Il n’y a pas de raccourci, on ne saute pas d’étape, on ne peut pas aller plus vite que la musique de la machine.

MARY KATRANTZOU LONDON 2019

Il y a d’abord l’air, qui comme un souffle court, pourrait d’une force déraciner la plus grande des tours de Canary Wharf. Il y a le feu jaune qui réchauffe le cœur, et, puis la terre solide et forte, et pour finir l’eau de source ou de mer, qu’importe, si elle est notre mère à tous «terre, air, feu et eau». Le thème du spectacle de la femme née dans la patrie de Périclès, nous montre une palette de couleurs arc-en-ciel avec une utilisation exubérante de volants et de plumes, : un clin d’œil à la couture des Anglo-sans-façon des années 70 et 80.

Bizarrement, les pièces les plus extravagantes de cette collection sont les plus commerciales, telles que les robes multicolores intensément perlées, noyées dans des motifs tourbillonnants de fleurs. À une époque où la production de masse fait de moins en moins place à un travail soigné, qui demande temps et abnégation, la créatrice prend le contre-pied et prouve bien que les clientes fortunées sont en quête de rareté.

La protégée de Ralph Toledano est un savant mélange de culture, légèreté et de sophistication, Mary produit sûrement sa meilleure collection, en tout cas, la plus commerciale.

LONDON FASHION POST BREXIT

Pourquoi pas ! Cela n’est pas une idée incongrue de penser que la Fashion Week de Londres, qui a commencé ce vendredi, sera l’ultime Fashion Week pour la Grande-Bretagne. C’est lentement mais sûrement que les premiers rangs des défilés se videront comme se vide un jéroboam de Roederer dans les mains de russes en manque de Vodka au Nikki Beach.

Les défilés de La « Perfide All Blonde » présentent une grande majorité de talents créatifs directement injectés par l’Europe continentale. Alors que les invités de la prochaine Fashion Week convergent vers Londres pour assister aux défilés du 15 au 20 février, pense-t-il que cela sera la dernière fois de leur vie ?

MONSE WINTER 2019 NEW YORK

Lorsqu’ils arrivent au studio pour l’interview, Fernando Garcia et Laura Kim raconte le repas coréen que cette dernière avait cuisiné la veille, et qu’ils ont partagé dans son appartement de Manhattan. Une chose que la créatrice adore, mais l’emploi du temps surchargé des associés ne laisse pas vraiment place aux loisirs. Deux ans à peine après son lancement, Monse (c’est le prénom de la mère de Fernando, à prononcer « mon-say »), rencontre un succès auquel ils ne s’attendaient pas, sans oublier, excusez du peu, le fait qu’ils aient aussi été choisis comme directeurs artistiques de la marque Oscar de la Renta…

LE LUXE DICTATEUR DE NOS VIES

Cette uniformisation de notre société et du consommateur – même les fascistes allemands n’avaient pas réussi à l’imposer – c’est le nouveau pouvoir de la société de consommation qui réussit à construire parfaitement autour de nous un mur (c’est à la mode ) en détruisant le réel pour nous faire plonger dans un monde immatériel, cela nous mettra peut-être, à l’échelon de Dieu, comme un esprit en devenant immatériel.

C’est la nouvelle façon d’être humain, et la France produit ce nouveau schéma commandé par nos nouveaux leaders les grands capitaines d’industrie du luxe qui nous font croire que notre vie ne serait pas supportable sans Iphone ou sans sac Chanel.

MORT D’UN GÉANT

Svelte, les bras étendus comme des ailes déployées, il marchait dans l’air qui virevoltait autour de lui, lui donnant une élégance sans égale. Sa chevelure blanche faisait de lui l’homme sage le plus jeune de l’industrie de la parfumerie. Il était l’homme aux 650 flacons parmi les plus connus de la planète. Un créateur du rêve, un libertaire convaincu. A la première lecture de sa personnalité, on pouvait deviner que ce poète des temps modernes, amoureux de sa femme, comme un enfant, était un provocateur qui cachait une grande timidité. Sa vie, en dépit de quelques embûches, ne viendra jamais ternir son élan, son enthousiasme et sa créativité.

Les senteurs et les parfums tournaient dans l’air du soir comme une valse mélancolique autour de lui et dans un langoureux vertige où l’imaginaire et la sensualité n’ont eu de cesse que de croître, car sa seule volonté était de créer pour les générations futures.

KAIMIN PAREIL QUE MOCHE

Il est usuellement admis pour un grand couturier de démarrer avec une heure de retard, mais pour « KAIMIN », 30 minutes de retard, cela nous semble superfétatoire. C’est déjà trente minutes de trop ! Nous avions espéré que la première image du défilé serait quelque chose d’extraordinaire : une magie soudaine qui nous ferait oublier notre attente, mais… quelle déception ! Une marque qui collabore avec des artistes comme Bjork, Lady Gaga, Nicki Minaj, Katy Perry et bien d’autres, sorte de melting-pot de créateurs qu’ils ne sont pas.

Ce n’est pas de la couture. C’est véritablement une mascarade et toujours la même au demeurant. Quelle femme va vouloir être habillée de la sorte ? Nous ne parlons pas ici de Haute Couture, mais bien, de prêt-à-porter. Ce qui veut dire, une collection qui sera mise prochainement en boutique, ou pas !

MARGUS LE SCEAU IMPÉRIAL DE BOGOTÁ

Si vous êtes avec Nicolas Le Floch, rue des Prouvaires, signifiant prêtre au moyen age, parce que les vicaires de Saint-Eustache l’habitaient au 12ème siècle et que vous rencontrez un chef qui parle japonais mais qui vient du Laos, vous êtes au restaurant le Margus. C’est un petit restaurant où la devanture n’est pas secrète mais discrète. Le décor intérieur soigné, type « Cuba libre », avait émoustillé les deux jeunes Bimbos qui m’accompagnaient. A la seule évocation de Cuba libre, les donzelles avaient imaginé le « cul libre » dans un after de Carthagène après ripaille…

JOSSE LE SEIGNEUR

C’est avec un peu d’appréhension que je me présente au portail. Chaque créateur a, en effet, le pouvoir fatal de vous jeter, par un sourire, face à l’ivresse ou le désespoir de votre propre inculture. Point la peine de connaître l’anthroponyme pour découvrir que le nom Josse est la forme populaire de l’origine bretonne Jodocus. Saint Josse, fils du roi breton Judicael, contemporain de Dagobert, est basé sur la racine celtique « jud » signifiant « combattant, chef et seigneur ». Sa forme anglaise est Joyce, un signe pour le Seigneur des Arnault et sa future marque du supra luxe, Jean Patou.

HERMES MANUFACTURE DES IGNOBLES

L’anagramme de « Gobelin » est ignoble ! Il est certain que les services marketing ne l’avaient pas vu. C’est un mauvais présage pour la collection d’Hermès qui se déroulait justement à la manufacture du même nom. Au milieu des meubles de style et du mobilier national, Hermès espère ne pas faire tapisserie durant cette Paris Fashion Week, une image subliminale afin de nous faire comprendre que la maison fait partie du patrimoine Français.

Loin, bien loin des créateurs du groupe LVMH et, surtout de Virgil Abloh, la nouvelle pépite de Vuitton, l’arménienne maison qui crée pour l’homme et qui devrait redessiner le marché de demain pousse une enclume avec un cure-dents, mais il est vrai que chez Hermès demain, c’était hier.

ROLLAND UN MYTHE INERME

De Balenciaga à Jean-Louis Scherrer, celui qui pense que le vêtement est un passeport, comme une sorte de laissez-passer dans l’intimité d’une personne et de sa culture, n’exprimait jusqu’alors que les boudoirs des palais du Moyen-Orient. Mais, cette saison, c’est une couture plus sage et plus en introspection que Stéphane Rolland nous propose. La femme du roman de Scott Fitzgerald, la féminité cachée sous une décontraction de circonstance. Source d’inspiration, cette nouvelle génération que le couturier regarde, le Gasbying fait son chemin. L’égoïsme romantique, avec une certaine élégance nonchalante, l’illusion des apparences et d’un certain snobisme qui n’est qu’un échappatoire au désenchantement.

Une couture fade comme ce parfum suave d’une génération perdue fascinée par l’extravagance oubliée, il sera le produit d’un esprit qui ne sait pas ce qu’il veut dans une génération inquiète. On s’étonne que ce garçon à la pensée tout aussi structurée que ses créations n’a pas capitalisé avant sur ce cheminement.

ADELINE ZILIOX PARIS 2019

J’avais repéré cette petite strasbourgeoise, dans un showroom à la Madeleine. Les voyages forment la jeunesse et inspirent les créateurs, mais c’est le poncif le plus éculé des dossiers de presse. Heureusement, le voyage de cette créatrice était dans sa tête; une amazone stéréotype féminin puisant son inspiration dans la mythologie grecque en nous remémorant la Montana-mia d’autrefois. C’est un sentiment de fraîcheur dans cette Fashion Week si bourgeoise, à souhait, où les stars Canadiennes laissent une larme entendue pour un show de son Valentin. Cependant, cette jeune fille ne manqua pas de « Spiritus » pour son défilé dont la fraîcheur n’avait rien à voir avec la météo du jour dans les rues de Paname.

Un instant furtif entre la création et la mémoire est un jeu de technicité entièrement accompli, pour cette nouvelle entrante dans la Fashion Week de Paris. Pas d’embourgeoisement dans cette présentation de cette jeunesse urbaine endimanchée comme si elles avaient été déguisées en lieu et place de la rue où les centraliens siègent habituellement, un signe peut-être.