DISCOURTOISIE DES GENS DE MODE

Modeste bug humain, il s’était fait ce soir-là une tête adéquate de bonimenteur, une tête de Christ blennorragique, laissant couler une lettre comme une cholérine opiniâtre que voici, « devant le nombre de places limitées bla bla bli, bla bla bla « . Au moins d’antan, on vous répondait même si la lettre était inlassablement la même vous prenant pour un imbécile année après année. Mais, maintenant quand vous expédiez une lettre écrite à la plume sergent major, c’est le vide sidéral, mais surtout, sidérant de silence. Pas même un petit vermisseau d’appel téléphonique, et, certainement, parce qu’à force de dire toujours « Non » on avait fini par voir accrocher à leur bouche des hémorroïdes.

SORBIER L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT

Se souvenir des belles choses et de toutes celles qui nous manquent entre les deux solstices, ce sont les collections de Franck Sorbier. Comme les beaux papillons qui pointent au moment de l’été et que les fans attendent les paupières mi-closes , j’ai le ventre creux entre deux collections, comme un sentiment de vide qui m’empêche de rêver au-delà de ma propre vie.

Alors, je regarde le passé et son miroir. Je contemple le déroulement infini de l’aiguille et mon esprit reste un gouffre toujours aussi amer de ne pas voir le Maître renaître de ses créations d’antan tel Le phenix. Sorbier, proche de la nature comme jamais, sonde le fond des abîmes de celle-ci et nul ne connaît mieux que lui les richesses qu’elle nous offre.

Mais, dans la palette du couturier, il voit ces richesses se détruire, une terre que l’on combat sans regret ni remords jusqu’à diffuser sur les médias sociaux le carnage et la mort.

CHANEL LE VIEL HOMME ET LA SEINE

Les demi-mondaines présentes au défilé hurlent de peur et d’effroi à la vision de ces bouquinistes. Mais, elles se sont vite rassurées en découvrant que les livres d’une part, étaient factices et que, d’autres part, ils ne comportaient pour certains que des images. On est toujours étonné de l’auditoire des égéries de mode, car la culture est toujours menacée par l’insignifiant.

C’est l’image du vieil homme et la scène, une lecture de sa couture pour celui qui déambule dans sa Rolls Phantom : on ne sait, d’ailleurs, même plus qui est le fantôme de l’autre. Le « Pari » de Karl et ses bouquinistes encapsulés dans un dôme de verre, neutre et insensible, mais, surtout, fermé aux agressions du monde extérieur, il transforme les quais de Seine pour des quais décènes

JOSSE OUVRAGE D’ESPRIT

De la rue Vivienne à Herculanum se produit le principal représentant de la mode du néo-classique, c’est la simplicité et le goût de l’épure, entre antique et baroque, comme un style immémorial que j’appellerais « le vrai style ».

Sur un canevas dressé en jupe, il brode pour transformer son art en quart d’heure du minimalisme intime. Des bijoux de verre soufflé recouverts d’or par procédé de pulvérisation cathodique, comme des pépites qui font croire que, derrière le couturier, il est possible de trouver le filon d’un couturier hors norme. Des boucles d’oreille en goutte d’eau comme tombée du ciel se laissant choir de leur nuage, pour la soif de beauté, pour un mode simple, mais comme interjette ma voisine un moment de grâce pour une assemblée conquise à l’avance.

LES FOSSOYEURS DE LA HAUTE COUTURE

Il s’appelle Pierre Agneau, Didier Grumler et bien d’autres… Ils avaient annoncé la mort de la « Haute Couture » en leur temps. Mais, qui s’en souvient aujourd’hui ! Les écrits restent alors que les paroles s’envolent. Des visionnaires d’une profession qui s’expliquent aujourd’hui en 140 caractères et leurs cerveaux formatés aux médias sociaux ne dévoileront jamais l’échelle microbienne de leur connaissance. Voici en ce qui me concerne quelques mots qui décrivent cette activité que j’ai découverte il y a quelques années maintenant, et qui, depuis tout ce temps, continue à faire ma joie.

Elle est comme un soleil qui perce soudain les nuages pour faire apparaître un paysage ou une ville inondée de lumière et, en une seconde, transforme tout sans rien changer. La Haute Couture transfigure non pas le réel, mais la perception que nous en avons. Au premier show, soudainement, elle nous baigne d’un rayon irrésistible et, avec une telle force, que celui-ci nous rend indéniablement heureux comme une piqûre d’épingle du bonheur. »